
Danielle Péan Le Roux
La mémoire du fil
Le fil fait partie de ma vie, il est inscrit au plus profond de mon être, il m’est aussi précieux qu’un crayon. Et sur les pages vierges que m’offrent les tissus, je viens déposer mon écriture, une écriture nourrie de petits morceaux de souvenirs recueillis au creux de mon âme, je leur confie cette broderie qui mènera alors sa propre vie.
J’ai la certitude que mes gestes, répétés de façon incessante, sont inscrits dans une mémoire ancestrale, que la manière instinctive dont ma main s’exécute provient de ma lignée, de mes ancêtres tailleurs d’habits et brodeurs et qu’ainsi, j’établis une reliance entre présent et passé.
De ces œuvres textiles qui deviennent volumes, j’en observe les ombres portées. Je les saisis, traces fugaces d’un moment précis. Et le fusain, le crayon ou la mine de plomb prennent alors le relais de l’aiguille. La ligne dessinée s’étend, serpente. La main devient l’alliée de la ligne, et ouvre une nouvelle dimension sur le papier.
La pupille doit alors s’ouvrir grand pour suivre la main, suivre cet éternel va et vient, cet oscillement... une vibration, une existence à part entière.

